Lettre à Daniel GOA

Mon cher Daniel Goa,

Une fois de plus vous avez choisi de vous lancer dans une entreprise de déstabilisation de la Nouvelle-Calédonie à quelques semaines du référendum.

Je dis une fois de plus, parce que nous commençons à être habitués à vos coups de menton. Nous commençons à être habitués à vos accusations de collusion avec l’Etat qui n’ont vocation qu’à obtenir la mauvaise conscience de l’Etat qui pourrait ainsi être plus enclin à céder aux indépendantistes un nouvel avantage.

Mais soyons factuels.

– D’abord vous indiquez dans votre lettre ouverte que « tous les cas sont exogènes et venus de métropole ». C’est faux, le cas le plus durement touché était une femme kanak de retour du Moyen-Orient… je rappelle également que ce virus vient de Chine et non d’Europe. Vous savez ces Chinois dont vous vous rapprochez de moins en moins discrètement et avec qui vous êtes prêts à vous acoquiner en cas d’indépendance.

– Ensuite vous parlez de « génocide » de l’Etat… Quel génocide ? Quels morts ? Vous savez, mon cher Daniel, les mots ont un sens et à force d’exagération c’est votre crédibilité qui se meurt. Je rappelle que l’Etat, en particulier son représentant local, a été moteur dans la mise en œuvre conjointe avec le président du gouvernement de mesures de quarantaine spécifiques et uniques à l’échelle mondiale qui nous permettent aujourd’hui d’être protégés de l’entrée du virus. Et ça, ce n’est pas à vous qu’on le doit, bien silencieux que vous étiez au plus fort de la crise.

– Vous feignez ensuite la surprise en évoquant, outragé, l’arrivée des 62 militaires avant-hier. Rien de secret dans cette arrivée puisqu’elle est prévue depuis des semaines et validée par le vice-président du gouvernement, membre de votre parti politique, car leur arrivée respecte toutes les normes sanitaires fixées par la DASS (21 jours de quarantaine stricte et test effectué à l’issue)

Votre courrier est donc un tissu de mensonges mais vous le savez bien. Cette lettre ouverte n’a vocation qu’à une chose, et nous le savons vous et moi : faire paniquer l’Etat à l’idée que la communauté internationale puisse imaginer qu’il n’est pas neutre dans le processus d’autodétermination.

Et ça a marché tellement souvent. Vous avez tellement souvent obtenu de l’Etat qu’il cède par peur panique de revivre les événements. Et vous avez obtenu déjà tellement de choses :

  • L’exclusion de 43.000 personnes du corps électoral.
  • Une clef de répartition confiscatoire qui prive 75% de la population qui habite dans le Sud du produit de son travail.
  • L’interdiction d’utilisation du drapeau de la République lors de la campagne officielle du référendum de 2018 alors que vous avez bien eu le droit d’utiliser le drapeau indépendantiste.
  • L’inscription automatique des personnes de statut coutumier là où celles de droit commun ont l’obligation d’effectuer des démarches complexes pour être inscrites.
    Et j’en passe…

Et malgré tout ça, nous avons gagné le premier référendum. Et nous avons bien l’intention de gagner le deuxième. Et pourtant déjà, vous exigez de l’Etat :

– Le report du référendum, tant vous avez été absents du terrain ces derniers mois et en retard sur la campagne électorale.

– L’interdiction d’utilisation du drapeau français lors de notre prochaine campagne.

– La non inscription des natifs non kanak sur les listes électorales (trahissant ainsi une nouvelle fois votre engagement du Comité des signataires).

En menaçant, en faisant peur, vous vous dites que l’Etat, tellement attaché à ce qu’il n’y ait « pas de vagues » en Calédonie, tellement inquiet à l’idée qu’on puisse l’accuser de perdre sa sacro-sainte neutralité, va une nouvelle fois céder.

Je ne sais pas ce qu’il en sera. Peut-être obtiendrez-vous gain de cause, une fois de plus, peut-être nous engagerons-nous dans ce 2e référendum avec un nouveau handicap que vous aurez su arracher sous la menace.

Et pourtant nous pourrions nous aussi menacer d’aller « sur le terrain ». Nous avons nous aussi, et vous le savez bien, la capacité de le faire. Mais nous avons fait le choix de respecter la parole de Jacques Lafleur et de Jean-Marie Tjibaou, et de respecter les engagements qu’ils ont pris. D’aller au bout du processus de l’Accord de Nouméa quelles que soient les difficultés que nous rencontrons sur ce chemin.

Car vous savez mon cher Daniel, ceux qui ont voté NON le 4 novembre 2018, ils ont voté pour la FRANCE, pas pour un haut-commissaire ou un Premier ministre, ils ont voté pour une certaine idée de la société calédonienne de demain.

Une société calédonienne où il n’y a pas une ethnie au-dessus des autres. Où nous sommes tous égaux, en droits et en devoirs.

Une société où chacun, grâce à l’Education, a les mêmes chances de réussir.

Une société qui protège les plus fragiles.

Une société ouverte sur le monde où le racisme n’a pas sa place.

Une société où la justice est la même pour tous. Que l’on soit chef ou sujet. Puissant ou misérable.

Une société où chacun se respecte et respecte les autres.

Et ce ne sont pas vos menaces et coups de menton qui nous feront dévier.
On ne gouverne pas par la peur. On gouverne en respectant le peuple et sa volonté. C’est le principe même de la démocratie.

 

Sonia BACKES